MAYA

MAYA

Qualifiés de «Grecs du Nouveau Monde» par un anthropologiste moderne, les Maya atteignirent, bien longtemps avant la découverte de l’Amérique, un niveau intellectuel et artistique des plus remarquables. Cependant, les conquistadores du XVIe siècle passèrent à proximité de quelques-uns des plus grandes centres maya sans même en soupçonner l’existence. Leurs chroniqueurs mentionnent ici et là des tribus maya dépendant de roitelets sans importance politique et faciles à neutraliser. Rien de comparable aux Mexica, aux fastes de leur capitale Tenochtitlán, à l’étendue et à la richesse de leur empire, à la puissance de leur chef. C’est que l’Empire aztèque était alors à son apogée, et la civilisation maya en pleine décadence, ses grandes cités abandonnées depuis plus d’un demi-millénaire.

C’est au XIXe siècle seulement que l’importance et la beauté des ruines maya furent révélées au public. Un diplomate américain, John L. Stephens, qui avait parcouru le Mexique et l’Amérique centrale, publia le récit de ses voyages ainsi que les descriptions des ruines illustrées par d’excellents dessins d’un artiste anglais, Catherwood, qui l’avait accompagné dans ses pérégrinations. Ce fut une révélation pour les archéologues, une tentation irrésistible pour les grands voyageurs. Le Français D. Charnay, l’Anglais sir Alfred P. Maudslay allèrent reconnaître un certain nombre de sites. Ils en rapportèrent des collections pour le musée d’Ethnographie de Paris et pour le British Museum de Londres.

Les véritables fouilles commencèrent au début du XXe siècle. Les sites les plus importants du Honduras, du Guatemala et du Mexique ont été étudiés par les archéologues américains du Peabody Museum, de l’institut Carnegie, de l’université Tulane et la Nouvelle-Orléans, et par les Mexicains de l’institut d’anthropologie de Mexico. Actuellement, grâce aux progrès des méthodes d’investigation, des archéologues de diverses nationalités poursuivent des recherches extrêmement délicates et obtiennent des résultats de plus en plus précis.

1. L’occupation du sol

Les vestiges maya sont répandus sur un territoire de quelque 325 000 km2, à cheval sur l’Amérique centrale et le Mexique. Pour la commodité de l’étude, on le divise en trois zones: une zone méridionale comprenant la côte torride du Pacifique et les hautes terres du Guatemala et du Salvador; une zone centrale, c’est-à-dire toutes les terres basses à forêt tropicale du Chiapas (Mexique), du Petén et du bas Motagua (Guatemala), et de l’ouest du Honduras; une zone septentrionale recouvrant le plateau sec et couvert de brousse de la presqu’île du Yucatán.

Il n’est pas possible de fixer de dates limites à la civilisation maya. On ne sait pas exactement quand elle a commencé, et on peut admettre qu’elle se poursuit encore de nos jours sous une forme très dégénérée.

Les plus anciennes traces d’occupation du territoire maya remontent à 1 500 avant notre ère. On appelle formatif ancien cette époque où apparaissent les plus anciens agriculteurs sur la côte du Pacifique, non loin des limites actuelles du Guatemala et du Mexique, à Ocos, et, cinq ou six cents ans plus tard, à Cuadros, ainsi qu’au Chiapas central. Ils fabriquaient une céramique déjà assez variée avec un décor obtenu par l’impression de cordelettes. Ils commençaient aussi à faire des vases tripodes, ainsi que des bols à décor gravé ou peint et des têtes modelées relativement réalistes. Ils avaient des pierres à moudre, ce qui permet d’affirmer qu’ils cultivaient déjà le maïs.

Des populations plus denses d’agriculteurs s’établissent entre 800 et 300 avant notre ère, époque que l’on appelle formatif moyen , dans la zone méridionale, notamment à Kaminaljuyú (hautes terres) et à Izapa (côte pacifique). Leur céramique (Las Charcas) est beaucoup plus élaborée. Elle est en argile blanche ressemblant au kaolin. Dans la zone centrale, on trouve de la céramique de la même époque, du type dit Mamom, à Uaxactún et à Tikal (Petén).

D’autre part, il y a, dans la plaine du Pacifique, à Monte Alto, et dans la région d’Escuintla, des monolithes anthropomorphes et céphalomorphes qui évoquent, malgré certaines différences, les sculptures olmèques de La Venta et de San Lorenzo Tenochtitlán sur la côte du golfe du Mexique. Comme ses dernières, elles pourraient dater du formatif tardif .

Quoi qu’il en soit, les habitants du territoire maya à l’époque formative ne connaissaient pas encore l’écriture, ni l’architecture en pierre. Agriculteurs, ils vivaient dans des maisons en terre groupées en villages. Des restes de leurs constructions ont été mis au jour à Kaminaljuyú.

2. Traits caractéristiques de la civilisation

Voûte, crête faîtière, stèle-autel

Les grands sites, les sites les plus purement maya, se trouvent dans la zone centrale, quelques-uns dans la zone nord. Les ruines sont celles d’édifices cérémoniels, mais il ne fait pas de doute qu’une population assez nombreuse vivait aux alentours dans des habitations faites de matériaux périssables qui ont disparu.

L’édifice typique des grands centres maya des zones centre et nord est le temple couvert d’une voûte et surmonté d’une crête faîtière. Ces temples ne sont nullement des grands bâtiments, bien au contraire. Mais ils sont perchés au sommet d’une haute plate-forme pyramidale et dominent le site. Leur toiture est une sorte de voûte en encorbellement inventée par les Maya: construite en deux murs parallèles, elle est obtenue par l’épaississement progressif vers l’intérieur de chacun de ces deux murs. Une dalle plate la ferme hermétiquement à la jonction de ceux-ci. Cette construction est très solide, mais elle ne peut être réalisée que sur des murs assez rapprochés l’un de l’autre, de sorte que la surface intérieure utilisable est très restreinte. Extérieurement, les murs restent verticaux jusqu’à la hauteur maximum du toit, et le temple a la forme plutôt lourde d’un cube ou d’un parallélépipède. Mais il est surmonté d’une crête faîtière, haute superstructure de pierre et de maçonnerie, très ajourée, de la même largeur que le bâtiment, et qui repose sur le mur le plus solide (souvent le mur postérieur). Sans aucune utilité fonctionnelle, elle n’a, de toute évidence, été conçue que pour corriger l’aspect massif du temple et, complétant les lignes fuyantes de la pyramide, lui donner un plus grand élan vers le ciel.

La crête faîtière est réservée aux temples, mais la voûte est aussi employée pour couvrir les autres édifices. Les plus importants sont les palais. Habitations princières ou lieux de retraite ou de réunion? On ne sait. En vérité, ils ne nous paraissent guère logeables. Pourtant ils sont beaucoup plus grands que les temples, ils se composent de plusieurs galeries voûtées accolées les unes aux autres et divisées en chambres par des cloisons transversales. Construits sur de vastes terrasses quadrangulaires et non au sommet de pyramides, ils ne dominent pas le site.

Non moins caractéristique de l’architecture maya que le temple à voûte et crête faîtière est l’ensemble monumental stèle-autel. Ce sont deux monolithes, la stèle allongée et dressée verticalement, l’autel généralement en forme d’énorme tambour posé devant la stèle. Ils sont toujours de taille considérable, certains pèsent plusieurs tonnes. Beaucoup de ces stèles et autels sont en pierre brute, mais ceux de la zone centrale, qui sont sculptés, sont des œuvres d’art d’une beauté et d’un intérêt incomparables. On voit généralement une ou plusieurs représentations humaines sur une face de la stèle, et des signes hiéroglyphiques sur les côtés.

Les manuscrits

Les Maya avaient mis au point une écriture hiéroglyphique qui retient depuis longtemps l’attention des spécialistes. On ignore les origines exactes de cette écriture. On en a trouvé des rudiments, apparemment plus anciens, sur la côte du golfe du Mexique en zone olmèque, ainsi qu’au Guatemala sur le versant pacifique. Une inscription sur une stèle de cette dernière région pourrait correspondre à l’an 36 de notre ère. Mais il y a loin de ces premières ébauches aux manuscrits maya.

Connus sous le nom de codex, ceux-ci sont formés d’une bande de papier longue de plusieurs mètres, pliée en accordéon. Le papier était fabriqué avec de la fibre d’un arbre appelé copó (Ficus cotinitolia ). Le texte, accompagné de dessins, est peint au recto et au verso. Malheureusement, la plupart des codex datant d’avant l’arrivée des Espagnols ont disparu dans un autodafé ordonné par l’évêque de Mérida, Diego de Landa. Trois seulement subsistent: le Codex de Dresde , traité d’astronomie, le Tro-Cortesianus de Madrid, livre de divination, et le Peresianus de la Bibliothèque nationale de Paris, le moins bien conservé, qui semble avoir un contenu rituel.

Si le matériel écrit est peu abondant, on dispose d’une énorme réserve de textes sculptés ou gravés dans la pierre, le stuc ou le bois. Il y a longtemps déjà qu’on s’efforce de déchiffrer ces signes. Les signes de l’arithmétique et du calendrier ont été assez vite connus. On identifie aussi les glyphes désignant différentes divinités et les emblèmes de certaines villes. Mais le sens de la plupart des autres échappe encore, et on ne parvient pas à trouver la clé qui permettrait de traduire les textes.

Arithmétique

Les glyphes désignant les chiffres représentent des têtes de divinités vues de profil. Il y en a vingt: de zéro à dix-neuf. Les Maya avaient en effet adopté une numération non pas décimale comme la nôtre, mais vigésimale, dans laquelle les unités vont en croissant ou en décroissant de vingt en vingt. Pour les calculs, ils n’utilisent pas les glyphes, mais des signes très simples: le point, le tiret et une sorte d’ovale figurant la coupe d’un coquillage. Le point vaut un; le tiret, cinq; la coquille égale zéro. Les chiffres de un à quatre s’écrivent avec un à quatre points, de six à neuf avec un tiret surmonté de un à quatre points, dix avec deux tirets l’un au-dessus de l’autre, et ainsi de suite jusqu’à dix-neuf avec trois tirets surmontés de quatre points.

Vingt est une unité du deuxième ordre, soit un point placé en deuxième position. Car le système vigésimal maya est un système de positions, comme notre système décimal, mais au lieu de placer les unités à droite, les dizaines à gauche des unités, les centaines à gauche des dizaines, etc., les Maya plaçaient les vingtaines au-dessus des unités, les vingtaines de vingtaines au-dessus des vingtaines, etc.

Prenons par exemple, le nombre 643:

Le calendrier

Le système vigésimal était employé pour tous les calculs, y compris celui du temps et l’astronomie. L’unité de temps est le jour ou kin , vingt jours forment un mois ou uinal . L’unité du troisième degré est le tun , ramené à dix-huit mois pour se rapprocher de l’année solaire. Vingt tun valent un katun , vingt katun valent un baktun ...

Chacun des vingt jours, chacun des dix-huit uinal porte un nom auquel correspond un glyphe. Il y a aussi des glyphes pour désigner chacune des périodes de temps: kin, uinal, tun...

Pour écrire une date en maya, il faut au minimum sept chiffres accompagnés d’autant de glyphes. Les cinq premiers glyphes, chacun précédé d’un chiffre en points et tirets, correspondent aux kin, uinal, tun, katun et baktun. Le total des jours ainsi exprimé est la date, c’est-à-dire le nombre de jours écoulés depuis le commencement de l’ère maya (3113 avant notre ère, date probablement mythique antérieure à l’apparition des Maya). Les deux glyphes suivants indiquent la place du jour dans l’uinal, et le jour dans le tzolkin , almanach rituel de deux cent soixante jours.

D’autres indications peuvent suivre: la lunaison, la divinité patronne du jour, ainsi qu’une correction pour tenir compte de la durée exacte de l’année solaire. On sait que l’année dure à peu près trois cent soixante-cinq jours un quart et que pour compenser la perte d’un quart de jour par an, nous ajoutons un jour au mois de février tous les quatre ans. Les Maya ne faisaient pas cette correction au fur et à mesure, mais ajoutaient à chaque compte le nombre de jours perdus au cours des années.

Exemple d’une date maya:

9 baktun, 12 katun, 10 tun, 5 uinal, 12 kin, 4 Eb, 10 Yax. Les archéologues ont l’habitude d’écrire sous une forme abrégée: 9.12.10.5.12. 4 Eb, 10 Yax. Le total donne 1 386 112 jours; c’est-à-dire 3 850 années et 112 jours écoulés depuis le début de l’ère maya.

Comme on le voit, les astronomes maya avaient établi un calendrier solaire aussi précis que le nôtre, et leurs calendriers lunaire et vénusien ne présentent que des différences minimes avec ceux des astronomes modernes. Cependant ils ne disposaient d’aucun instrument d’optique; ils procédaient uniquement par visée en utilisant des points de repère fixes. Les édifices dits observatoires d’un certain nombre de sites des zones centrale et septentrionale facilitaient leur tâche. Un observatoire peut être simplement un groupe de pyramides disposées selon des angles calculés, comme à Uaxactún. Ou bien une tour d’où il est possible d’effectuer des mesures sans être gêné par les arbres de la forêt, tour carrée (Palenque, Chiapas) ou ronde (Chichén, Yucatân). Cette dernière avec chambres voûtées et meurtrières orientées dans certaines directions astronomiques, le sud, l’ouest, le coucher de la lune aux équinoxes et aux solstices.

3. L’apogée de la civilisation maya

Le type de dates qui vient d’être exposé est connu sous le nom de compte long. De nombreux monuments de la zone centrale portent des dates en compte long. C’est surtout le cas des stèles que la plupart des grandes cités, alors qu’elles étaient en pleine floraison, ont érigées régulièrement tous les vingt ans (katun). La plus ancienne stèle datée est de 292 de notre ère; la plus récente de 889. Ces deux dates délimitent l’époque que les archéologues appellent classiques. À l’intérieur de l’époque classique, une période de deux siècles environ, pendant laquelle la date qui revient le plus souvent est 9.18.0.0.0. (soit 790), marque l’apogée de la civilisation maya.

Parmi les principales grandes villes de l’époque classique, citons: au Guatemala, Tikal, Uaxactún, Seibal, Piedras Negras, Quiriguá; au Honduras, Copán ; au Mexique, Palenque, Yaxchilán, Bonampak, Uxmal, Chichén Itzá.

Tous ces sites possèdent les mêmes types d’édifices et de monuments sans qu’il en résulte la moindre monotonie. La plus ou moins grande importance donnée aux différents bâtiments, leur disposition dans l’espace toujours différente, l’adaptation de chaque construction à la topographie du lieu donnent une haute opinion de la sûreté de jugement et du goût des urbanistes maya. Il en va de même pour la décoration. On ne peut guère parler que de la décoration sculptée, les peintures, qui ont certainement existé, ont presque toutes disparu. Les fresques de Bonampak sont uniques, préservées par miracle sous une couche de calcaire. La sculpture s’est beaucoup mieux conservée: monolithes, revêtements de murs en pierre ou en stuc, linteaux de pierre ou de bois. Là encore, à partir d’une culture de base commune, chaque centre a préservé son particularisme, développant un style tellement individuel qu’un simple coup d’œil suffit pour distinguer une sculpture de Copán d’une autre de Tikal, de Palenque ou d’Uxmal. Précisons un peu plus en détails les particularités de ces quatre villes.

Tikal

Tikal est la plus grande de toutes (dix kilomètres carrés). Elle se distingue par son architecture monumentale et ses temples-pyramides, les plus hauts de toute l’architecture précolombienne. L’un deux atteint soixante-dix mètres (y compris sa crête faîtière) et dépasse les plus grands arbres de la forêt. Plus de trois mille structures ont été dénombrées dans le site, dont de nombreux temples et palais sur trois acropoles. Sur l’acropole centrale se trouve un palais à cinq étages, le seul connu en zone maya. En revanche, le stade de jeu de pelote est tout à fait insignifiant.

La sculpture sur bois est représentée par des linteaux avec des scènes relatives à la vie cérémonielle.

Les stèles et les autels, nombreux, sont travaillés en bas relief. On voit en général sur les stèles un personnage de profil, entouré d’autres motifs difficiles à interpréter. Les autels sont en forme de tambours.

Copán

Contrastant avec le gigantisme de Tikal, Copán est une ville aux proportions humaines, aux édifices disposés avec sérénité sur une colline dominant le río du même nom, une ville d’art qui semble avoir enfanté pendant trois siècles une pléiade de sculpteurs de génie. Il y eut là certainement plusieurs écoles de sculpture: l’une réaliste et sobre, une autre exubérante et baroque, une troisième conventionnelle et hiératique. Les personnages des stèles sont représentés de face, d’abord en bas-relief, puis le relief se rehausse pour finalement se détacher presque du bloc. Les autels sont de la plus grande variété. Il y a les autels de forme courante, en tambours, décorés de divinités en relief. D’autres sont quadrangulaires et portent sur les côtés des représentations réalistes de prêtres réunis pour discuter. Mais il y a aussi d’étranges autels aux formes baroques, très découpés, qui évoquent quelque monstre mythique.

Les sculpteurs de Copán ont très étroitement collaboré avec les architectes. Ils ne se sont pas contentés de faire des revêtements; bon nombre de leurs sculptures, même des rondes-bosses, qui décorent les bâtiments, ne sont pas des pièces rapportées; elles sont travaillées dans la masse des pierres de construction et totalement intégrées à la maçonnerie. Telles sont les statues d’une puissante divinité qui ornent la terrasse dite tribune des spectateurs. D’autres constructions sont décorées de hauts-reliefs: deux jaguars dressés sur leurs pattes postérieures qui encadrent un escalier. Ailleurs le décor est en bas relief: l’escalier hiéroglyphique porte une inscription allant du haut en bas de ses soixante-trois marches. Et il faut encore mentionner les rondes-bosses isolées, des têtes curieusement réalistes, dont une vieille femme à joues ridées et bouche édentée; et encore les têtes de guacamaya du jeu de pelote.

Le jeu de pelote est un exemple typique des stades maya. Le jeu de pelote n’est pas particulier aux Maya, il y a des stades dans tout le Mexique et le plan général est partout le même: un court long entre deux murs parallèles, quelquefois complété aux extrémités par des courts transversaux. Intérieurement, les murs longs sont bordés de talus qu’on appelle banquettes. Au Mexique central, au milieu des murs verticaux se trouve quelquefois un anneau par lequel la balle devait passer. Dans les sites maya, l’anneau est remplacé par une ronde-bosse appelée marcador .

Le jeu de pelote de Copán n’a que vingt-six mètres sur sept au court long, mais il paraît beaucoup plus large par suite de la forte inclinaison en arrière des deux banquettes, dont la largeur, 6,75 m, s’ajoute à celle du court. C’est en haut de chacune d’elles que sont scellées, à intervalles réguliers, trois têtes de guacamaya en ronde bosse.

Au-dessus, des plates-formes s’élèvent verticalement à peu de hauteur; elles supportent des édifices couverts de voûtes maya, mais les architectes de Copán y ont apporté une originalité: les voûtes sont en gradins.

Palenque

Palenque est une ville élégante, aristocratique, célèbre par la finesse de ses reliefs. L’architecture des pyramides est médiocre, mais les temples, avec leurs crêtes faîtières, ont la légèreté de la dentelle. C’est à Palenque que se trouve la seule véritable crypteconnue en Amérique précolombienne. Construite sous une pyramide, sa découverte, en 1952, a remis en question l’opinion jusque-là admise selon laquelle la pyramide américaine n’est pas monument funéraire, mais simplement la base d’un temple.

La crypte contient un splendide ensemble de sculptures dont la plus remarquable est la grande dalle de 3,80 m sur 2,20 m qui fermait le sarcophage. Traité en relief très délicat, on y voit un jeune homme assis sur le grand masque qui symbolise la terre, et les yeux levés vers un motif cruciforme surmonté d’un oiseau quetzal qui signifie la vie. À l’intérieur du sarcophage, un masque de mosaïque et de très nombreux bijoux de jade recouvraient les restes du personnage qui reposait là depuis plus de treize siècles. Parmi de nombreuses offrandes de vases et d’objets précieux, on a trouvé dans la crypte deux splendides têtes moulées en stuc au type maya très accusé: déformation crânienne, cheveux découpés en crans et remontés en panache.

Un escalier, construit à l’intérieur de la pyramide, conduit de la crypte au temple dit des Inscriptions en raison de trois grands panneaux hiéroglyphiques sculptés (620 glyphes en tout) qui en décorent les parois intérieures. Trois autres temples, celui de la Croix, celui de la Croix foliacée et celui du Soleil, ont aussi des panneaux, placés à la façon des retables sur les autels avec en relief des inscriptions hiéroglyphiques et des scènes du culte. Enfin un septième panneau de 262 hiéroglyphes se trouve dans une maison du palais.

Ce palais, ensemble d’édifices répartis autour de quatre cours, renferme encore deux types de sculptures qu’on ne connaît nulle part ailleurs. Dans une cour, des dalles disposées de part et d’autre d’un escalier sont recouvertes de reliefs représentant des personnages de trois mètres de haut, agenouillés, la main gauche sur l’épaule droite (geste de soumission), dont les visages, très individualisés, tous du type maya à front aplati, expriment la tristesse ou la supplication. On pense qu’il s’agit d’une file d’esclaves.

Contrastant avec cette scène douloureuse, les piliers extérieurs du palais sont revêtus de stuc décoré de beaux bas-reliefs. C’est à Palenque que l’art du stuc a atteint son apogée. Les scènes pleines de grâce et de douceur du palais sont inégalées.

Remarquons que Palenque, qui a poussé si loin l’art de la sculpture, n’a pourtant pas produit de stèles; les dates en compte long se trouvent sur les panneaux. D’autre part, la tour-observatoire carrée de trois étages qui s’élève dans une cour du palais est le seul édifice de ce genre connu en zone maya. En revanche, le stade de jeu de pelote est d’une construction tout à fait négligée et sans intérêt.

Uxmal

Quant aux ruines d’Uxmal, elles constituent l’ensemble le plus équilibré et le plus harmonieux du style Puuc, qui se répandit dans le nord du Yucatán et s’épanouit alors que les styles de la zone centrale périclitaient. Le site a pour particularités l’échelonnement des terrasses sur lesquelles sont construits les principaux bâtiments, et sa sculpture monumentale. La façade du palais du gouverneur se déploie sur une longueur de 98 m, divisée en un corps central flanqué de deux ailes par deux hautes voûtes maya, dont les triangles obscurs tranchent violemment sur la blancheur de la pierre, et s’élèvent dans un puissant élan en une ligne légèrement convexe. Sur un petit soubassement de colonnettes, le mur est nu, coupé de place en place par les sombres rectangles des portes. Au-dessus court une frise de trois mètres de haut (la hauteur de la voûte intérieure), entièrement remplie par une mosaïque faite de vingt mille blocs de pierre, sculptés en grecques, en carrés, en losanges. Sur ce fond est appliqué, au-dessus de la porte centrale, un motif de personnage assis dans un siège en forme de fer à cheval et coiffé d’un grand panache. Cette décoration en éléments géométriques identiques, caractéristique du Yucatán, est beaucoup plus l’œuvre d’artisans que d’artistes.

4. Périodes classique et postclassique du Yucatán et des hautes terres

Les trois villes classiques de la zone centrale, Tikal, Copán et Palenque, dont quelques traits saillants viennent d’être mentionnés, ont respectivement pour première et dernière date: 292 et 869; 509 et 800; 638 et 796. Comme toutes les villes de la zone centrale, elles déclinent rapidement après l’apogée et, à la fin du IXe siècle, toute la zone est abandonnée.

L’effondrement de la grande civilisation maya classique dans la zone centrale est le sujet de maintes spéculations. Certains l’attribuent à l’épuisement du sol, d’autres à des épidémies, d’autres encore à un changement de climat. L’archéologue Eric Thompson donne l’explication la plus plausible. Sur la foi de quelques statues de chefs mutilées volontairement, il pense que tous les sites, les uns après les autres, furent le théâtre de révoltes paysannes contre les dirigeants. Il est probable que les petites gens continuèrent à vivre autour des anciens sites, mais les chefs civils et militaires, tout le clergé, les artisans, disparurent, et les édifices non entretenus tombèrent lentement en ruine sous la pression de la végétation.

Il n’en est pas de même à Uxmal et dans la zone nord en général. On dispose de peu de dates pour les sites du Yucatán où le compte long a été abrégé et remplacé par un compte court basé sur un cycle de treize katun. À l’intérieur de chaque cycle, les dates sont encore assez précises. Mais le cycle dure un peu plus de deux siècles et demi, après quoi il recommence identiquement. De sorte qu’on ne peut pas savoir à quel cycle appartient la date mentionnée. Par exemple, une date quelconque, disons 2 Ahau, tombe aussi bien en 1007 qu’en 1263 ou en 1520.

Quelques indices font supposer que les grandes villes maya du Yucatán datent des IXe et Xe siècles, et qu’elles duraient encore à la fin du Xe siècle quand les envahisseurs mexicains s’en emparèrent.

Ces nouveaux venus étaient des Toltèques, partisans du chef politique et religieux Topiltzin Quetzalcoatl qu’un coup d’État avait chassé de sa capitale, Tula. C’étaient des guerriers bien organisés et ils n’eurent pas beaucoup de mal à s’emparer des cités indépendantes du Yucatán. Ils imposèrent à toute la zone nord leur régime, leur style, leur religion. Avec eux commence l’époque postclassique.

Ils choisirent pour capitale la ville de Chichén qui avait été fondée par les Maya classiques et y firent construire de nouveaux bâtiments en employant la main-d’œuvre locale maya. Il en résulta un style qui n’est pas vraiment toltèque, mais qui n’est plus tout à fait maya, disons maya-toltèque. Leur chef Quetzalcoatl, le «Serpent emplumé», avait été divinisé, mais son nom était désormais, traduit en langue maya, Kukulkan. Kukulkan est le leitmotiv de toute la décoration sculptée du Chichén maya-toltèque, sans détrôner pour autant l’ancien dieu maya de la pluie, Chaak. Tous deux sont représentés alternativement, par exemple sur le mur du temple des Guerriers. Dans cet édifice, réplique du grand temple de Tula, les piliers intérieurs ornés de reliefs de guerriers sur les quatre faces, les deux colonnes d’entrée avec les motifs du serpent emplumé, sont presque des copies des piliers et colonnes de Tula.

Le temple-pyramide, dit le Castillo, est une des plus belles réalisations de l’architecture maya-toltèque. La pyramide, de vingt-quatre mètres de haut, a un escalier sur chaque côté, dont l’un commence au sol par une grande tête du serpent à plumes toltèque. Le temple a une chambre centrale de 6 m sur 4,50 m, avec deux piliers au milieu (apport toltèque) et un plafond en voûte maya. Des colonnes toltèques figurant un serpent à plumes semblables à celles dont il reste des fragments à Tula divisent en trois baies l’ouverture de la façade. La décoration extérieure est sobre: en bas, comme dans les constructions du plateau central mexicain, un petit talus sur lequel un mur s’élève verticalement avec sa frise. Pas de crête faîtière maya couronnant le temple, mais des créneaux identiques à ceux de Tula. Les jambages des portes sont couverts de reliefs de guerriers toltèques.

Lorsque fut effectuée la fouille du Castillo, on découvrit à l’intérieur une autre pyramide avec son temple intact, dont le sanctuaire contenait une ronde-bosse en pierre: un tigre grandeur nature, peint en rouge avec des disques de jade vert figurant les taches de la fourrure. Cette première construction date déjà de l’époque toltèque.

Ce sont les Toltèques qui firent construire à Chichén le plus grand et le plus travaillé de tous les jeux de pelote. Il mesure 166 m sur 68,50 m. Les deux murs parallèles du grand court sont verticaux à la manière mexicaine. Un anneau de pierre sculpté est scellé au milieu de chacun d’eux. La banquette du court long a un revêtement de panneaux sculptés représentant la scène finale d’une partie de pelote: le gagnant tient d’une main le couteau de sacrifice et de l’autre la tête du perdant; le corps de ce dernier est à genoux, de son cou sortent trois jets de fleurs et de serpents, symboles du sang.

Les Toltèques se maintinrent à Chichén probablement jusqu’en 1224. Ils y furent alors supplantés par les Itza, mais l’influence mexicaine resta prépondérante au Yucatán jusqu’à la conquête espagnole.

Cette influence est également très sensible à la même époque dans les hautes terres de la zone sud. Des populations maya ont toujours vécu dans les hautes terres, mais elles n’y ont jamais atteint le niveau culturel des basses terres. Lorsque l’Empire aztèque, en pleine expansion, devint un voisin aussi prestigieux que redoutable, les petites principautés des hautes terres du Guatemala se mirent à copier les modes de Tenochtitlán. Vers la fin du postclassique, on voit apparaître à Chuitinamit (près de Rabinal), à Mixco Viejo, des pyramides doubles, modèles très réduits de la grande pyramide de la capitale aztèque. Mais la grande tradition de la sculpture maya est perdue. À Mixco Viejo, la seule bonne sculpture est un marcador de jeu de pelote en gueule de serpent largement ouverte laissant voir une tête humaine, vraisemblablement Quetzalcoatl.

5. Politique et religion

L’organisation politique et sociale des Maya, leur religion nous sont fort mal connues. Le document de base pour l’étude de ces questions est la Relación de l’évêque Diego de Landa, dont les enquêtes parmi les indigènes de son diocèse ont l’avantage d’avoir été faites très peu de temps après l’arrivée des Espagnols. Déjà, à cette époque, la civilisation maya avait bien dégénéré. Cependant l’iconographie classique permet de penser qu’il y avait eu une certaine continuité dans les mœurs.

On parlait, au début des études maya, d’un ancien empire dans les terres basses de la zone centrale et d’un nouvel empire au Yucatán. Ces termes ont été abandonnés parce que les Maya n’ont jamais été unifiés sous un pouvoir central. Ils dépendaient de nombreuses cités-États indépendantes, ayant chacune son administration particulière.

À la tête de chaque cité se trouvait un halach uinic , «le vrai homme». C’était à la fois le chef politique, le juge suprême et le chef religieux. Ses sujets lui versaient des impôts en travail et en nature. Le titre de halach uinic était héréditaire. Le halach uinic est souvent représenté assis sur un trône, comme dans le magnifique linteau sculpté de Piedras Negras qui se trouve au musée de Ciudad Guatemala. Il figure aussi dans les fresques de Bonampak, sur certains vases peints, etc.

Ce souverain était assisté de conseillers appelés batab , qui étaient parfois des chefs locaux représentant le halac uinic. En cas de guerre, ils commandaient les troupes. Ils jouaient un rôle actif dans les cérémonies, ainsi qu’on le voit dans les fresques de Bonampak où trois batab sont revêtus par des serviteurs de parures luxueuses avant de paraître dans un cortège.

Le chef militaire, le nacom , était responsable de la stratégie. Ce poste changeait de titulaire périodiquement.

Ces grands personnages, leurs alliés et parents, formaient la couche supérieure de la société, la noblesse. Les nobles occupaient les postes administratifs et collectaient les impôts pour le souverain.

Le clergé formait également une classe nombreuse. Les prêtres, ou Ah Kin , se succédaient de père en fils. Leurs responsabilités couvraient de nombreux domaines: écriture, chronologie, almanach sacré, connaissance des jours fastes et néfastes, médecine, organisation des cérémonies, éducation des futurs prêtres. Un prêtre appelé chilam était spécialement chargé de recevoir les messages des dieux; pour cela il entrait en transes (vraisemblablement à l’aide de narcotiques); l’assemblée des prêtres interprétait ses prophéties. Enfin il y avait un prêtre sacrificateur appelé nacom , comme le chef des armées, assisté de quatre vieillards, les chacs .

Les membres du clergé étaient tenus à des jeûnes et à des abstinences très sévères. Ils s’imposaient des mortifications consistant à répandre leur propre sang en se faisant des entailles dans le lobe de l’oreille ou en se transperçant la langue avec une épine de maguey.

En bas de l’échelle sociale, le peuple. Essentiellement agriculteur, il cultivait pour lui-même. Mais c’est à lui qu’incombait en outre la lourde tâche de pourvoir à tous les besoins des classes non productives. Il devait leur fournir aliments et vêtements, main-d’œuvre pour les travaux publics, y compris les innombrables constructions sans cesse renouvelées et décorées à profusion dans les centres cérémoniels. Les ouvriers maya ne disposaient d’autres outils qu’en pierre et en bois, d’aucun animal de trait, d’aucun moyen de transport puisqu’ils ignoraient la roue. On a peine à imaginer la somme des effectifs nécessaires pour construire, dans ces conditions, une des pyramides de Tikal, ou encore pour tailler et sculpter les vingt mille petits blocs de pierre avec lesquels est faite la mosaïque du palais du gouverneur à Uxmal.

Les esclaves formaient une classe à part. Les délinquants de droit commun étaient condamnés à l’esclavage, mais il leur était possible de se libérer en accomplissant une certaine somme de travail. Les guerriers qui ramenaient des prisonniers pouvaient les garder comme esclaves, ou les remettre aux prêtres pour servir de victimes sacrificielles, ou les vendre comme une marchandise. La Malinche, qui servit d’interprète à Cortés auprès de Moctezuma, était une jeune femme d’origine noble parlant la langue des Aztèques, esclave en pays maya.

La religion des Maya, qui a imprégné toute leur civilisation, est encore très mal connue. À l’origine il y avait un créateur, Hunab, dont le fils, Itzamna, avait fait présent aux Maya de l’écriture, des codex et du calendrier. Il était souvent associé au dieu du soleil Kinch Ahau. Mais c’étaient là des dieux très lointains, inaccessibles au petit peuple, qui se sentait beaucoup plus concerné par les humeurs de Chaak, le dieu de la pluie, représenté avec un grand nez dans les codex et les sculptures. Il était important de s’assurer la bonne volonté de Kukulkan, le dieu du vent, et surtout du dieu du maïs, un jeune homme portant des épis dans sa chevelure. Ah Puch, le dieu de la mort, avait un crâne décharné et une quantité de sonnettes; il accompagnait souvent le dieu de la guerre, Ek Chuah. Le panthéon maya était peuplé d’une infinité d’autres dieux présidant aux jours, aux uinal, aux katun, à tous les phénomènes de la nature, etc.

6. Les Maya aujourd’hui

Depuis le XVIe siècle, Indiens et Espagnols, vivant côte à côte en Amérique latine, ont fusionné. Les Maya n’ont cependant pas quitté leurs anciens territoires. Au Guatemala et dans les États mexicains du Chiapas et du Yucatán, il y avait en 1984 trois millions et demi de citoyens guatémaltèques ou mexicains qui parlaient encore une langue maya, répartis en six sous-groupes: Quiché, Mam, Pokomam, Chol, Maya proprement dit et Tzeltal. Au Mexique, ils étaient 520 000 en 1990 qui parlaient en majorité le yucatèque. Au Guatemala (trois millions sur une population de quatre millions), on enregistre vingt variétés de langue maya parlées par les trois quarts de la population. Les plus répandues sont le quiché, le kakchiquel, le mam et le kekchi.

À l’exception de quelques centaines de Lacandons vivant dans le Chiapas, tous les Maya ont été christianisés dès le XVIe siècle. Néanmoins, certaines coutumes ancestrales populaires subsistent sous la forme de science occulte, de magie. Les villages indigènes se choisissent un shaman qui joue le rôle de l’ancien grand prêtre. Il connaît encore des bribes de l’ancien calendrier sacré, les noms des vingt jours, les quatre jours «porteurs de l’année», les seuls par lesquels peut commencer une année rituelle. Il est chargé des cérémonies qui doivent amener la pluie après plusieurs mois de saison sèche: le cerro , la montagne la plus proche, remplace la pyramide; il y monte sacrifier un coq, fait couler le sang, le mélange avec du copal dont la fumée odorante s’élève dans les airs. Il n’invoque plus le dieu Chaak, mais il supplie la Vierge Marie de «laisser couler ses larmes» (les Aztèques faisaient pleurer les enfants qu’ils conduisaient au sacrifice pour que l’eau amène l’eau).

Pour calculer les dates des appels successifs de la pluie, le shaman emploie le système vigésimal. Il n’est d’ailleurs pas le seul à compter par vingtaines: la femme en couches par exemple observe une diète de vingt jours. Mais le shaman est le seul à savoir faire les présages. Il sait que du jour de la naissance dépend toute la vie, et le père d’un nouveau-né va le consulter pour savoir si l’enfant est né un bon ou un mauvais jour, et si c’est un jour néfaste, le shaman saura peut-être écarter les mauvais esprits.

maya [ maja ] adj. et n.
• 1811; mot indigène
Relatif à une civilisation précolombienne d'Amérique centrale (Yucatan). Art et civilisation mayas.
N. Les Mayas. N. m. Le maya : famille de langues indiennes (24) parlées dans cette région.
⊗ HOM. Maïa.

maya adjectif Relatif aux Mayas. ● maya (homonymes) adjectif maïa nom masculinmaya nom masculin Famille de langues indiennes parlées par près de 2 500 000 personnes en Amérique centrale.

maya
adj. et n. m.
d1./d adj. (inv. en genre) Relatif à la civilisation des Mayas. Architecture maya.
d2./d n. m. LING Le maya: la famille de langues parlées au Mexique, dans la région du Yucatán et au Guatemala.

I.
⇒MAYA1, adj.
Relatif à un ancien peuple de l'Amérique centrale et à sa civilisation précolombienne. Époque, langue, sculpture maya. Aldous Huxley (...) constate dans l'art maya l'absence des formes féminines puis conclut aussitôt à l'absence de sensualité de cet art (GIDE, Journal, 1941, p. 99).
Emploi subst. masc. plur. Ancien peuple de l'Amérique centrale. La civilisation des Mayas. Tout ce que produit l'artiste est le résultat d'une longue civilisation, qu'il s'agisse des nègres et des Mayas aussi bien que des Égyptiens et des Grecs (T'SERSTEVENS, Itinér. esp., 1963, p. 308).
LING. Emploi subst. masc. sing. Idiome parlé dans l'état de Yucatan et dans le Nord du Mexique. (Dict. XIXe et XXe s.).
Prononc. et Orth.:[maja]. Homon. maïa. Invar. selon LITTRÉ et Pt ROB. Étymol. et Hist. 1811 ling. adj. (A. DE HUMBOLDT, Essai politique sur le royaume de la Nouvelle Espagne, livre III, p. 330). Nom d'un peuple indien d'Amérique centrale. L'angl. Maya de même sens est att. comme subst. dès 1825: Maye, 1845, Maya ds NED Suppl.2 et adj. 1875, ibid. Fréq. abs. littér.:16.
II.
⇒MAYA2, subst.
Ensemble des illusions qui, selon le bouddhisme, constituent ce monde. Échapper à l'illusion. C'est indigne d'un aryen d'être prisonnier de la Maya (BARRÈS, Cahiers, t. 2, 1902, p. 275). À la différence du panthéisme hindou, elle ne conçoit pas un absolu indistinct se manifestant nécessairement et éternellement à travers le voile d'un maya ou illusion mortelle, car cela laisserait la vie humaine sans espoir de rédemption (Philos., Relig., 1957, p. 44-14).
Prononc.:[maja]. Étymol. et Hist. 1840 (P. LEROUX, Humanité, t. 2, p. 443). Mot sanskrit mâyâ «puissance cosmique d'essence magique dont la fonction est de déployer les formes infiniment variées de l'existence» (dér. de la racine mâ- «mesurer»); en angl. dep. 1823 (ds NED).

1. maya [maja] adj. et n.
ÉTYM. 1811, A. de Humboldt, in T. L. F.; mot indigène.
Relatif à une civilisation précolombienne d'Amérique centrale (Yucatan). || Art, civilisation maya.
Subst. || Les Maya(s).
N. m. || Le maya, leur langue, encore parlée de nos jours.
tableau Classification des langues.
REM. Les spécialistes font le mot invariable : les Maya; une mythologie maya (J. Soustelle, in Encycl. Pl., Hist. des littératures, t. I, p. 1503-1504); la civilisation maya (M. Cohen, Matériaux pour une sociol. du langage, p. 144).
0 (…) depuis les vieilles langues sacrées (…) jusqu'au phénicien et peut-être à l'étrusque — qui continue à résister, avec le maya, à toutes les tentatives de déchiffrement de la science moderne —, l'Empire offrait une espèce de marqueterie des langages les plus hétéroclites.
J. d'Ormesson, la Gloire de l'empire, t. I., p. 22.
HOM. 2. Maya, 3. maya.
————————
2. maya ou mâyâ [maja] n. f.
ÉTYM. 1840, Académie; maïa, Lamennais, 1840; mot sanskrit māyā.
Didact. (dans le Vedanta). || La Maya : l'illusion fondatrice qui donne naissance au monde de l'Homme.
0 On appelle « exotisme », je crois, tout repli diapré de la Maya, devant quoi notre âme se sent étrangère (…)
Gide, les Faux-Monnayeurs, Romans, Pl., p. 1047.
HOM. 1. Maya, 3. maya.
————————
3. maya [maja] n. f.
ÉTYM. 1931, Larousse; mot bulgare.
Rare. Boisson bulgare à base de lait caillé.
HOM. 1. Maya, 2. maya.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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